Patricia Vasseur travaille au coup de cœur, au feeling pourrait-on dire. Ou plus exactement à l’appel qu’elle reçoit de tel ou tel objet, et cela peut être aussi un objet de peinture.

Il en a été ainsi du dessin, des collections du Musée du Louvre, intitulé « La Sainte Famille » de Jacob Jordaens.

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On rappelle, et ce n’est pas insultant pour nos lecteurs amateurs avertis de le faire, que Jordaens, peintre anversois qui a vécu – longtemps pour l’époque – de 1593 à 1678 – et a passé les vingt premières années de sa vie de peintre à l’atelier de Rubens, a traversé toute l’époque du baroque. Il est le contemporain de  Van Loo, lui aussi formé à l’atelier de Rubens.

Qu’est-ce qui l’a frappée dans cet dessin, il est vrai très expressif, où éclate la science du maître? J’oserais une hypothèse ( non confirmée par l’artiste que j’ai interrogée sur le sujet) : le profil de la vieille dame – la mère de Marie, la grand-mère du poupon Jésus.  Patricia Vasseur a toujours été attirée par la figure du vieillard, du grand, du très grand âge. En témoigne sa série de portraits, qu’on peut retrouver sur son site http://www.patriciavasseur.com

Il s’agit là d’une oeuvre peinte à la gouache et à l’encre sur papier, de format moyen (50 x 60 cm).  L’artiste est partie de l’oeuvre de départ, mais l’a utilisée plutôt comme un  tremplin que comme un modèle à imiter. Elle ne s’est pas vraiment intéressée à la retranscription du sujet, cherchant avant tout à transmettre une émotion, à créer une 

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ferveur. La scène intimiste, et bourgeoise au fond, devient quelque chose qui peut faire penser à des eaux forte à la Goya. Ce sont des personnages fantômatiques et pour tout dire inquiétants qui veillent sur une forme indistincte, le poupon devenu source de lumière infférenciée. Les couleurs, dans la palette des sombres, sont là pour acentuer le contraste avec les deux sources de lumière : celle de l’Enfant-Jésus, et celle de la servante. Le fanal qui servait, dans le dessin de Jordaens, à éclairer la scène, a disparu, de sorte que cette lumière émane non plus d’une source extérieure, mais des sujets eux-mêmes.