Stéphanie Bologna est une jeune artiste plasticienne originaire du sud-ouest de la France. Après son cursus aux Beaux-Arts de Toulouse (1997-2002) et le diplôme « d’expression plastique » en poche, elle a résolument entamé son travail d’artiste. Sa voie? Elle l’a d’abord cherchée dans la sculpture, les photographies et les installations. Avec un point commun (déjà, pourrait-on dire en pensant à la suite), la quête d’une tension/fusion entre des objets ou des formes apparemment non-vivantes et la vie qui prend place ( qu’elle installe ou incorpore) subrepticement à l’intérieur de ces objets pour les métamorphoser. Et c’est cet interstice entre la matière et le vivant, dans le repli intime de leur compénétration qu’elle s’efforce de traquer. On pense ainsi à la curieuse installation qu’elle à produit, en 2006, au Foyer Lamourous (Cahors), qui a pour nom « Propagules » ( = « Petit organe pluricellulaire assurant la multiplication de certaines mousses »).

Propagules

Je ne vais pas m’attarder sur cette partie du travail de Mme Bologna car, je dois le reconnaître, ce n’est pas ce qui me retient le plus dans son parcours artistique. J’y vois une étape intéressante certes, par les idées force qui le sous-tendent, et il est fort possible après tout qu’elle revienne à ces modes d’expression. A partir d’un certain moment, il y a trois ou quatre ans, l’artiste s’est tournée (à nouveau) vers la peinture, et c’est là que je la rejoins. Depuis, elle est engagée dans un travail exigeant et original. Ce travail porte sur le corps. Laissons-la s’exprimer, elle le fait très bien :  » entre métamorphose naissante et dégradation achevée existe un espace inassignable qui crée son propre terrain d’évocation. Les oppositions se combinent en tension. Chaos et blessure interne dans une enveloppe lisse et attirante. La toute puissance masculine côtoie la rondeur et la douceur féminine…Créatures hybrides, charnelles et décharnées, évocation mythologique. Tout est en suspens et garde sa part d’indicible… Corps objet corps sujet. Le corps et son langage, ce qu’il incarne, le corps à la fois expression et instrument du temps qui passe et transforme. La maîtrise tente de s’imposer sans parvenir à contenir et ce qui rejaillit s’échappe sans filtre. L’intime s’expose, s’impose, interroge ».

Hormis les trois premières images qui sont celles d’une peinture, nous avons là une série de dessins qui illustrent bien le propos. Il s’agit de dessins récents. Et l’on y décèle la complexité « cérébelleuse » que Stéphanie Bologna nous rend visible. Le trait est net, bien marqué et sans fioritures excessives. Nous ne sommes pas dans un univers de luxuriance débridée, mais dans la description presque clinique d’un monde fantasmé mais terriblement humain. Ces dessins ressemblent étrangement à des planches anatomiques.

Et maintenant, pour en savoir davantage sur l’artiste, on trouvera ci-dessous un résumé de son parcours artistique, ainsi qu’une notice biographique.

Formation artistique :

Beaux Arts Toulouse 1997/2002 :

  • 2000 : DNAP (Diplôme National d’Arts Plastiques)
  • 2002 : DNSEP (Diplôme National d’Expression Plastique)

Expositions collectives:

  • 2001 : Sculpture, association « à la plage », Toulouse
  • 2002 : Installation, « Dehors », Palais des Beaux Arts Toulouse
  • 2004 : Installation In Situ, « Sculpture Grande », Prague
  • 2013 : Installation In Situ, « Propagule », Cahors Juin Jardin, Cahors
  • 2014 : Installation In Situ, « Cyclopédie », Cahors Juin Jardin, Cahors
  • 2018 : Peintures, « les femme ‘s’exposent », galerie WAM, Cahors
  • 2019 : Peintures, salon d’art contemporain Art3F, Toulouse
  • 2019 : Peintures, « le Corps », association la Bizartrit, Foix
  • 2020 : Installation In Situ, résidence Cahors Juin Jardin, « IN VIVO »

Expositions personnelles :

  • 2017 : Peintures, « Antre », galerie WAM, Cahors
  • 2019 : Dessins/peintures, association « Fourmillard », Cahors
  • 2019 : Dessins, association « la poule aux potes », Cahors
  • 2019 : Peintures, « Antre », galerie éphémère, quartier du Marais, Paris

Stéphanie BOLOGNA

Née en 1979, vit et travaille près de Cahors (sud-ouest de la France).

Après des études secondaires au Lycée de Cahors, elle choisit les études artistiques, elle qui a toujours dessiné et peint, et suit le cursus de l’Ecole des Beaux-Arts de Toulouse, dont elle sort diplômée en 2002. Aux Beaux-Arts, elle s’est surtout intéressée à la sculpture et au modelage. Son diplôme en poche, et pour diversifier son expérience, elle choisit de travailler en structure hospitalière, branche psychiatrie, dans l’équipe d’accompagnement des patients où elle anime l’atelier d’art-thérapie. Ce séjour auprès des malades en mal psychique, durera plus de 10 ans (2003-2014). Elle reconnaît avoir beaucoup appris, sur ce monde, sur l’art aussi et son rôle dans la société, et sur elle-même.

Forte de cette expérience, elle se consacre alors pleinement à son travail d’artiste plasticienne. Elle se tourne vers la sculpture et les installations, dans lesquelles elle trouve une façon d’incarner un souci constant chez elle, la capture du mouvement, de la transformation, de la « métamorphose ». Et de rendre compte par ses moyens artistiques, de ces moments/ espaces limite entre le non-vivant et le vivant, entre l’informe et le formé, qui se traduit par la prolifération. Par exemple, elle a développé une installation remarquée consacrée aux « propagules » (structures à la base de la reproduction et de la dissémination dans le monde végétal – voir plus haut). Les objets qu’elle crée alors sont révélateurs : on y voit des objets quotidiens et inertes détournés pour leur donner vie par l’adjonction de formes étranges et mouvementées -comme une cafetière par exemple transformée en brasero…

Le retour au dessin, puis à la peinture sera progressif. Les exemples montrés ici, à Luxembourg en donnent une illustration. On peut relever le contraste – elle dirait la contradiction car elle assume cette tension- saisit entre une très sûre maîtrise du dessin et de la technique picturale et les sujets représentés, qui font appel à un imaginaire propice plutôt à des débordements de baroquisme foisonnant. A ce sujet, elle dit ne jamais partir d’une image ou d’une idée préconçue, mais que c’est au cours du processus que ces êtres ou formes émergent. Elle dit aussi se reconnaître, s’il faut parler d’influence ou de filiations, dans le surréalisme (on pourrait aussi préciser un nom comme celui Bellmer).

Le résultat est la création d’un nouveau bestiaire avec des êtres d’un « quatrième type » à la fois minéraux et organiques. On pourrait penser, surtout avec les petits dessins, à des planches d’anatomie, tant ces créatures sont dépeintes avec précision et minutie, comme de manière distancée. Mais la préséance donnée aux organes reproducteurs, réarrangés et comme sublimés, dans ces créations, est là pour rappeler l’importance que l’artiste donne à la génération, au processus de la vie, qu’elle s’efforce avec bonheur (un bonheur un peu « dérangeant ») de transcrire.